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Le pigeon après la Révolution de 1789

 

Fin des priviléges après la Revolution de 1789

ll fallut attendre la Révolution de 1789 pour voir abolir ce privilège. Dans presque tous les cahiers de doléances, on trouve trace de dégâts occasionnés par les pigeons de châteaux aux cultures. La Révolution donna à tous le droit de détenir des pigeons. Des colombiers se bâtirent un peu partout, surtout pour en retirer de la viande bon marché : le pigeon se nourrissait dans les champs dès les beaux jours et, en les habituant, l’hiver, on pouvait leur faire manger un peu de tout. Mais le goût du jeu étant très développé à cette époque, des concours sont organisés en 1800 dans le Nord de la France et en Belgique.

C’est le début d’une sélection sévère qui aboutira au vrai pigeon voyageur.

En 1806, les financiers de l’époque comprennent l’intérêt que représente le pigeon messager pour la transmission d’une information. Aussi n’hésitent-ils pas à louer à prix d’or des pigeons bien entraînés. C’est ainsi que Rothschild, apprenant la défaite de Napoléon à Waterloo par pigeon messager, disposa avant tout le monde d’une information qui lui permit une excellente spéculation boursière qui fut à l’origine de sa fortune. A Anvers, les propriétaires de bateaux de transport marchand faisaient emmener sur ceux-ci de nombreux pigeons. Quand les marins n’avaient plus que quelques jours de mer à voyager, ils lâchaient ceux-ci avec des messages indiquant la marchandise transportée. A l’arrivée du bateau, celle-ci était déjà vendue. C’est ainsi que cette ville avec ses 25.000 pigeons sélectionnés, était en 1846 la première ville colombophile au monde.

Pendant le siège de Paris en 1870, 64 ballons chargés de pigeons quittèrent la ville. Ils étaient destinés à rapporter à la capitale, assiégée par les troupes allemandes, des nouvelles du Gouvernement. Les dépêches étaient miniaturisées par un procédé mis au point par le photographe Dragon, qui s’était fait remarquer en réduisant une photo représentant 400 députés sur une pellicule de 2 millimètres carrés. Grâce à ce procédé, chaque pigeon pouvait transporter 3.000 dépêches sur une pellicule de 3,5 mm2.Pendant le siège, les pigeons ont ainsi acheminé 115.000 dépêches officielles et plus de 1.000.000 de dépêches privées.Les 25 premiers pigeons furent emportés par le ballon Le Washington. Ils furent ensuite amenés à Tours où s’était installé le Gouvernement. Le 17 octobre, on leur confia leur première mission, qu’ils accomplirent fidèlement. L’expérience fut renouvelée avec le même succès et fut si concluante que le 4 novembre, on les chargea de la correspondance privée. Les pellicules étaient projetées sur un écran et recopiées à la main. Ainsi, Paris recevrait-il régulièrement un véritable journal qui le tenait au courant des opérations militaires et de la vie du pays.

Les pigeons étaient chassés par les Uhlans, lanciers de l’armée allemande et par les paysans qui avaient déclaré la guerre aux pigeons. Leur action avait pris une telle ampleur que Gambetta avait édicté la peine de mort contre quiconque serait surpris tirant sur l’un d’eux. Le 6 septembre, décision fut prise par le Préfet du Nord, à l’initiative de M. Hassebroucq, Président du Tribunal de Commerce de Roubaix, d’envoyer à Paris, avant que les lignes de chemins de fer ne soit coupées, des pigeons pour ramener des nouvelles de la capitale. Mille cinq cents pigeons furent réunis dans les villes de Roubaix et de Tourcoing et on fait appel à deux colombophiles, J. François de Tourcoing et H. Leman de Roubaix pour les accompagner. Le 9 septembre au soir, ils arrivaient à Paris. Les pigeons furent logés au Bois de Boulogne, dans les greniers du jardin d’acclimatation. La première dépêche reçue à Roubaix donnait les détails de la bataille de Champigny. Six siècles après l’Orient, la France emploie enfin le pigeon voyageur comme porteur de messages.

Après la guerre de 1870, l’armée en tire les leçons qui s’imposent. Coetquiden et Montoire deviennent les principaux centres d’instruction colombophile militaire.Vers 1900, les pigeons sont embarqués sur les bateaux et employés comme porteurs de courrier. Bientôt, ils servent les cours de la Bourse. Bien entendu, il faut d’abord les transporter sur les lieux où ils sont employés avant de pouvoir les relâcher porteurs d’un message. Ce voyage s’effectue souvent à dos d’homme, parfois à cheval.